BOKO HARAM — L’attaque contre un bar survient trois jours après un double attentat-suicide dans la même ville.

Le Cameroun a été la cible samedi soir d’un nouvel attentat, perpétré par une kamikaze adolescente. L’attaque a fait au moins 20 morts dans la ville de Maroua (extrême-nord), déjà frappée mercredi par une double attaque meurtrière portant la marque de Boko Haram.

L’attentat, qui a également fait 79 blessés, a été commis par «une fillette d’une douzaine d’années», a précisé la télévision d’Etat. Il a visé vers 20h50 un bar bondé dans le quartier populaire du Pont vert, ont précisé des habitants. «Nous avons appris qu’il y a eu une attaque au grand bar le ‘Boucan’», très fréquenté en soirée», a raconté l’un d’entre eux, affirmant avoir entendu «une forte explosion». «C’est la psychose», a-t-il ajouté.

Un autre habitant a affirmé que le bilan pourrait atteindre 30 morts. Les forces de sécurité ont bouclé la zone de l’attentat suicide et procédé à plusieurs arrestations, a précisé la télévision d’Etat.

Cinquième attentat

Il s’agit du cinquième attentat-suicide commis au Cameroun en deux semaines. Le 12 juillet, deux femmes kamikazes s’étaient fait exploser à Fotokol (nord), localité frontalière du Nigeria, tuant dix civils et un soldat tchadien.

Mercredi, deux adolescentes kamikazes avaient déjà tué treize personnes en se faisant exploser au marché central de Maroua et dans un quartier voisin. Maroua est le chef-lieu de la région de l’Extrême-Nord, frontalière des fiefs nigérians du groupe islamiste Boko Haram.

Cette ville commerçante jadis animée et majoritairement peuplée de musulmans vivait déjà dans la peur et sous étroite surveillance militaire depuis des mois. La circulation des deux-roues, connus pour être le moyen de transport privilégié par les islamistes, était notamment interdite dès la tombée de la nuit.

Pour prévenir ces attaques, le gouverneur de la région a également interdit le port du voile islamique intégral, régulièrement utilisé par des kamikazes de Boko Haram pour dissimuler leurs explosifs.

Cette interdiction a été étendue à d’autres zones du territoire camerounais, sans être généralisée à tout le pays. Le Tchad voisin a lui totalement proscrit le voile intégral après avoir été la cible d’attentats similaires à N’Djamena.

Attaques quasi-quotidiennes

Le Cameroun, le Tchad et le Niger ont lancé au début de l’année de vastes opérations miliaires contre Boko Haram, leur infligeant de lourdes pertes sans parvenir à les neutraliser. Et les attentats sont désormais quasi-quotidiens.

Vendredi encore, au moins 25 personnes ont été tuées dans une nouvelle attaque menée par des islamistes dans des villages du nord-est du Nigeria situés à proximité de la forêt de Sambisa, un des repaires historiques de Boko Haram.

«Les assaillants sont des habitants de ces villages qui ont rejoint Boko Haram. (…) Maintenant ils sont sans limites, ils s’en prennent à leur propre communauté à cause de la pression qu’ils subissent avec l’offensive de l’armée», a affirmé Maina Ularamu, le chef du district de Madagali, où se situent les villages attaqués.

«Ils en veulent à leur communauté, parce qu’elle a refusé de les laisser rentrer chez eux pour échapper à l’assaut de l’armée sur leurs camps. Ceux qui ont essayé de rentrer ont été dénoncés et arrêtés par les autorités», a-t-il expliqué.

Centaines de morts

Une nouvelle vague de violences a déjà fait plus de 800 morts depuis l’investiture, fin mai, du nouveau président nigérian Muhammadu Buhari, qui a érigé en priorité la lutte contre les insurgés, affiliés à l’Etat islamique (EI).

Les attaques perpétrées par Boko Haram et la répression de l’insurrection par les forces nigérianes ont fait plus de 15’000 morts et 1,5 million de déplacés au Nigeria depuis 2009.

(ats/Newsnet/20 minutes.ch)