Serena Williams. (Keystone)

Par Laurent Favre, Le Temps.

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Serena Williams. (Keystone)

Serena Williams. (Keystone)

Serena Williams avait remporté l’Open d’Australie et Roland-Garros en étant malade. Samedi, en finale de Wimbledon, elle se portait comme un charme. Les chances de l’Espagnole Garbine Muguruza étaient donc minces. La jeune révélation du tournoi n’a pas démérité mais elle n’a rien pu faire pour empêcher son adversaire de gagner le match (6-4 6-4). Serena Williams s’adjuge ainsi son sixième titre à Wimbledon, le 21e de sa carrière et le troisième de son année, à un succès d’un Grand Chelem historique en septembre chez elle, à l’US Open. A 33 ans, la numéro un mondiale la plus âgée de l’histoire de son sport règne sans partage depuis février 2013. Son taux de réussite en finale affleure les 85%, avec même un phénoménal 8/8 ces dernières années. Que dire de plus ?

Quand Roger Federer gagne, c’est parce qu’il est exceptionnel. Quand Serena Williams gagne, c’est parce que le tennis féminin est faible. C’est ainsi depuis quinze ans et le fait que l’Américaine empile les records les uns après les autres ne change pas fondamentalement le problème. Dans le monde du tennis, de nombreux observateurs renâclent toujours à lui attribuer la place qui lui revient. Quand ils n’ironisent pas lourdement sur son physique ou sa couleur de peau. Ses qualités – la puissance et le mental – ne sont pas «tennistiques».

Le péché du père

Le péché originel vient peut-être du père, Richard Williams, qui déboula dans ce milieu aseptisé voici vingt ans avec quelques certitudes et pas mal d’arrogance. Il prétendait avoir décidé de mettre au tennis ses filles Venus et Serena après avoir vu un match féminin, jugé le niveau faible et considéré qu’il y avait de l’argent facile à se faire. C’était une posture plus qu’un constat et si ses filles, d’abord Venus l’aînée puis ensuite et surtout Serena, exaucèrent ses vœux, elles connurent comme les autres leur lot de doutes, de sueurs, de défaites, de larmes. Serena jeta plus d’une fois sa raquette.

Ce n’est que depuis son retour à la compétition, et sa rencontre sportive et sentimentale en 2012 avec Patrick Mouratoglou, qu’elle est réellement invincible. L’entraîneur français misa tout son discours sur le fait qu’elle était la meilleure, la plus grande de toutes. Jusqu’à l’en persuader. Ce n’est pas le cas de tout le monde, y compris dans son propre pays. Le cas de Serena Williams, qui «adôôre Pariss» et se pique de parler français, rappelle celui des jazzmen noirs des années 30.

«Serena Williams est la plus grande athlète américaine», titrait en septembre 2014 le New Yorker pour tenter de réveiller les consciences. Depuis, elle a ajouté trois titres du Grand Chelem à son palmarès. Trois de suite, ce qui constitue un Grand Chelem un peu bâtard que la presse, pour une fois bienveillante, a préféré baptiser le «Serena Slam». Le vrai, le grand, celui qui mettra tout le monde d’accord et lui permettra d’égaler Steffi Graf, tant en carrière (22 titres majeurs) que sur une saison (l’Allemande est la dernière à y être parvenue, en 1988). Rien que pour cela, on a hâte d’y être.

Laurent Favre, Le Temps