Charlene Parson, of North Charleston, S.C., right, is comforted by mourners as she cries at a sidewalk memorial for the shooting victims in front of Emanuel AME Church, Friday, June 19, 2015, in Charleston, S.C. (AP Photo/David Goldman)

Un responsable de la National Rifle Association (NRA) s’en est pris au pasteur de l’église de Charleston, lui reprochant de s’être opposé au port d’armes dans les lieux de culte.

Charles Cotton, un responsable de la National Rifle Association (NRA), a estimé sur le site qu’il administre, texaschlforum.com, que la tuerie de Charleston aurait pu être évitée si le pasteur de l’église où a eu lieu le drame, ne s’était opposé au port d’armes.

Charles Cotton a tenu ces propos lors d’une discussion sur un site internet qu’il administre, texaschlforum.com. Ce juriste installé à Houston est membre du comité exécutif national de la NRA. Il a rappelé que l’une des neuf victimes de la tuerie, le pasteur Clementa Pinckney, également élu démocrate au Sénat de Caroline du Sud, s’était prononcé contre un projet visant à autoriser le port d’armes à feu dans des lieux publics.

«Huit des paroissiens, qui pourraient encore être vivants s’il les avait expressément autorisés à porter des armes dans l’église, sont morts», a écrit Charles Cotton. Supprimés depuis du forum, mais copiés et diffusés entre-temps sur les réseaux sociaux, ces propos ont provoqué une vague d’indignation. Des centaines de messages s’en sont pris au «monstre» «insensible» Charles Cotton.

Une tuerie «sans précédent» dans l’histoire récente

Des milliers de crimes motivés par la haine raciale ou religieuse sont commis chaque année aux Etats-Unis, mais rarement de l’ampleur du massacre de Charleston. L’attaque, qui a fait neuf morts, est «sans précédent dans l’histoire récente» du pays par le nombre de victimes.

«C’est la violence (récente) la plus choquante et la plus horrible contre les Noirs, qui plus est dans un lieu de culte» emblématique de cette communauté, a expliqué à l’AFP l’expert Jens David Ohlin.

Le massacre a été qualifié de «crime de haine». Ce terme est entré dans le vocabulaire américain dans les années 1980 avec une vague d’attaques perpétrées par des skinheads à la manière du Ku Klux Klan.

Des lynchages aux saccages de synagogues, les «crimes de haine» sont motivés par le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, l’homophobie ou encore le mépris des handicapés, des sans-abri. Ils représentent une circonstance aggravante et sont passibles de lourdes peines de prison, jusqu’à la peine de mort en cas de meurtre.

Quelque 3400 violences racistes

Dans la législation fédérale comme dans celles de la plupart des Etats américains, un «crime de haine est un crime commis par une personne ou une entité qui est motivée, en totalité ou en partie, par les préjugés ou l’animosité de son auteur contre la race, la religion, l’origine ou le handicap de la victime», a expliqué une ancienne responsable du FBI, Cynthia Deitle.

Plus de 6900 crimes dits «de haine» ont été ainsi dénombrés par le FBI en 2013 aux Etats-Unis. Sur ce total, 49,2% étaient à caractère raciste et 20,3% homophobes. Et sur les quelque 3400 violences racistes, 66,4% l’étaient contre les Noirs.

Mais, selon un rapport du bureau des statistiques de justice, le nombre des crimes de haine est en réalité supérieur aux statistiques du FBI, «entre 6000 et 10’000 selon les années», car «la police n’enregistre pas toujours comme tels» des crimes que les victimes déclarent comme motivés par la haine ou les préjugés.

Terrorisme

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les crimes extrémistes ont fait plus de victimes aux Etats-Unis que les attentats djihadistes, même s’ils ne reçoivent pas toujours la même attention médiatique.

Selon le centre de recherche New America Foundation, depuis le 11 septembre, 39 personnes ont été tuées dans des attaques non islamistes, tandis que 26 ont trouvé la mort dans des attentats djihadistes, sur un total de 441 attaques ayant fait l’objet d’une inculpation. Certains experts estiment même qu’il faudrait qualifier de «terroriste» des tueries comme celle de Charleston.

«L’extrémisme peut prendre beaucoup de formes différentes», a expliqué à l’AFP Max Abrahms, professeur à la Northeastern University à Boston. «Nous devons appliquer des normes cohérentes» pour qualifier les attaques meurtrières. «Autrement, les gens peuvent rester sur l’impression que seuls les musulmans commettent des actes terroristes».

L’attaque de Charleston remplit les critères d’une attaque terroriste généralement reconnus, a-t-il encore souligné, à savoir une attaque menée par un individu contre des objectifs civils, pour un objectif présenté comme politique.